Mieux comprendre Bob Marley

« Marley » : un portrait imposant et passionnant qui rend son humanité à l’icône planétaire

 

Une image du film documentaire américano-britannique de Kevin MacDonald, "Marley".

 

Le terme d’icône, si galvaudé, convient bien à Bob Marley. Le physique ascétique du musicien jamaïcain, son mysticisme, la ferveur mondiale qui entoure son image – reproduite à l’infini de Delhi à Buenos Aires, de Stockholm à Lagos – le rapprochent des saints des religions chrétiennes, adorés et méconnus.

Au long de ce film imposant et passionnant, le cinéaste britannique Kevin MacDonald donne une réalité humaine à Robert Nesta Marley, né en 1945 dans les collines au-dessus de Kingston, Jamaïque, mort en 1981 à Miami. MacDonald marche sur les traces de Martin Scorsese. Ce dernier a d’ailleurs été le premier réalisateur sollicité pour réaliser la biographie de Marley, avant de renoncer faute de temps. Le producteur Steve Bing, qui avait obtenu l’accord de la tribu Marley, a ensuite fait appel à Jonathan Demme, avant de se décider finalement pour MacDonald.

Réalisateur de fictions (Le Dernier Roi d’Ecosse) comme de documentaires (Mon meilleur ennemi, sur Klaus Barbie), MacDonald a organisé son film autour de la confrontation entre les souvenirs des acteurs de l’histoire de Marley et les documents étonnamment laconiques que le musicien a laissés derrière lui. Bien sûr, on voit Bob Marley et les Wailers en concert et – dans une moindre mesure – en studio, mais on l’entend très peu parler. Tous les témoins évoquent son charisme, l’ascendant décisif qu’il prenait sur ses compagnons de musique, sur ses compagnes successives, imposant ses vues religieuses et politiques. Mais presque rien à l’écran n’indique la forme que prenait cette domination.

Il faut donc s’en remettre aux récits pour se faire une idée de ce qui a fait de ce garçon né et élevé dans la pauvreté l’une des figures majeures de la seconde moitié du XXesiècle. Kevin MacDonald met en évidence l’importance du métissage dans la constitution de l’identité de Bob Marley. Fils d’un fonctionnaire colonial britannique dont on ne sait pratiquement rien et d’une jeune beauté jamaïcaine, Cedella Booker, le futur musicien ne trouve pas tout à fait sa place dans le ghetto de Kingston où sa famille s’installe.

 

Une image du film documentaire américano-britannique de Kevin MacDonald, "Marley".

 

Chaque étape est minutieusement retracée : les premiers pas dans les studios de Kingston, la formation des Wailers, la rencontre avec le producteur Chris Blackwell, jamaïcain comme Marley, mais né de l’autre côté des barrières de classe et de race, l’explosion du groupe lorsqu’il s’est agi de se lancer à la conquête du monde (Bunny Wailer, ultime survivant des Wailers, en fait une relation teintée d’amertume), et cette gloire qui n’en finit pas de s’étendre.

Kevin MacDonald fait aussi une relation détaillée de la vie amoureuse et familiale de Bob Marley. Il ne s’agit pas tant de dévoiler des secrets d’alcôve que de constater l’incroyable et inébranlable loyauté que le musicien a suscitée chez ses compagnes qui se succèdent à l’écran, et surtout de définir une personnalité séduisante et rigide, entre prophète et chef de commando. Marley est un perpétuel exilé, qui entraîne sa tribu dans les brumes londoniennes ou au Zimbabwe, où le chanteur a joué pour les fêtes de l’indépendance. Le courage physique dont Marley a fait preuve au moment de la tentative d’assassinat dont il a été victime, sa naïveté face aux fractions qui mettaient la Jamaïque à feu et à sang à la fin des années 1970 sont aussi analysés.

Le traitement de la musique peut susciter une certaine frustration. Ce n’est pas en allant voir Marley que l’on entendra ses compositions dans leur intégralité. Ces fragments musicaux suffisent à faire entendre la richesse de la musique, son évolution également, qui a mené Bob Marley aux portes de la dernière place qu’il lui restait à emporter, le public afro-américain. C’est à ce moment qu’un mélanome – une maladie de Blanc – l’a emporté.

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