Mieux comprendre Bob Marley

Stephen Marley – Interview

Stephen Marley - Interview

Stephen Marley entamera une tournée européenne de près de deux mois à compter du 16 mai prochain (lire notre news du 17 avril), Reggae.fr décide donc de mieux vous faire connaître l’artiste grâce à la retranscription d’une rencontre exclusive ayant eu lieu lors de sa dernière venue dans l’hexagone. Vous pouvez retrouver cette interview en images, dans le cadre d’un reportage en deux parties que nous lui avons consacré (voir la première partie du reportage ici et la seconde ). 

Reggae.fr: Ton dernier album est « Revelation Part One – The Root of Life ». Comment l’as-tu travaillé, en termes d’écriture des paroles et de composition de la musique?
Stephen Marley: En principe, on va en studio, on se réunit entre musiciens, on joue ensemble les chansons qu’on a et à partir de là on crée un album. Mias il existe un autre moyen de créer un album : lorsque que tu as un thème, un concept. Pour cet album j’avais un concept. Il est beaucoup plus facile de créer quand tu as un concept. Il n’y a pas besoin de faire plein de chansons et de choisir parmi elles pour faire l’album. Car je savais exactement où j’allais. Le concept de cet album a été inspiré par un article que j’ai lu. Quelqu’un décrivait l’état de la musique reggae actuellement et prétendait que cette musique était en déclin. C’est ce qui m’a donc inspiré. J’ai voulu défendre la musique et l’intégrité de la musique.

Hmmm intéressant comme article… dans la mesure où en Europe c’est exactement le contraire que nous vivons! Le reggae n’est pas du tout en déclin…
Non bien sûr. C’est exactement ce que je veux dire et défendre. Qui sont ces gens ? Je ne sais pas à quel titre ces gens s’expriment !

Il y a plusieurs featurings sur ton dernier album. L’un d’eux est particulier puisque c’est Buju Banton sur le titre « Jah Army ». Dans quelles conditions as-tu pu enregistrer ce morceau avec lui ?
Tu sais c’était quand il a pu sortir sous caution avant son jugement. Il était quelques mois dehors et on a enregistré le morceau ensemble.

D’autres featurings sont présents sur l’album, notamment avec tes deux frères Ziggy et Damian. Ziggy a également sorti un album cette année, ce qui signifie qu’il n’y a pas de compétition entre vous ?
Non il n’y a pas de compétition. Tu sais en plus Ziggy est l’ainé. C’est lui qui m’a tout appris et apporté depuis que mon père est parti. Ziggy représente tout ça. Cela ne peut pas changer. Il sera toujours Ziggy tu vois ce que je veux dire….

Parle-nous du premier titre de l’album « Made in Africa »…
Et bien, cette chanson, comme elle le dit elle-même, signifie que nous provenons tous d’Afrique. C’est notre histoire. Ce sont nos racines à vous et  moi. Cette première chanson rend vraiment hommage aux racines des origines, là où tout a commencé, avant la Jamaïque. C’est pourquoi cette première chanson est si importante.

Tu as repris « Freedom Time » de ton père Bob Marley sur l’album, preuve que son message est toujours d’actualité…
Bien sûr. Mais tu sais le message de mon père n’était pas seulement son message. Ce n’était pas un message égoïste. Cela retranscrivait ce que lui voyait. C’était un message universel. C’est très important comme message, c’est le temps de la liberté. Sinon quoi ?! Les enfants des enfants de mes enfants se laisseront faire par ce système esclavagiste, où tu es esclave mentalement, ce qui veut dire aussi physiquement. Car si ton esprit n’est pas libre, tu ne peux pas être libre physiquement. 

Travailles-tu déjà sur « Revelation Part Two » ?
Oui, j’ai un studio à l’étage de mon bus et je peux travailler quand je suis en tournée. Comme je vous l’ai dit, la première partie est un concept, je voulais revenir aux sources. Je voulais rendre hommage aux origines du reggae, au roots. La seconde partie sera plus diversifiée. Elle prendra en compte l’évolution de la musique, la transition que cette musique a pu connaître, les influences que le reggae a sur d’autres musique et inversement. Donc la seconde partie est plus éclectique. Je ne me mets aucune barrière. Du moment que je le sens, c’est bon… Alors que la première partie est vraiment axée roots. Même s’il y a quelques chansons, peut-être deux, qui peuvent être considérées comme déviant un peu du roots, elles s’inscrivent dans un travail global très roots.

Tu es un grand producteur, notamment de riddims, mais aussi des albums de tes frères. Comment travailles-tu pour produire ? Est-ce que tu pars d’une musique ou de paroles ?
Je ne considère pas qu’il existe de méthode à la créativité. L’inspiration vient de n’importe quoi, donc je n’ai pas d’idée sur une méthode ni de schéma général dans lequel je travaille. 

En tournée, tu présentes ton fils sur scène, Joseph (dit Jo Mersa), qui a 20 ans…Quelle est ta relation avec lui d’un point de vue musical?

Quand il était à l’école, c’est-à-dire hier en fait, je ne lui disais pas quand il faisait une bonne chanson. J’écoutais sans rien dire. Je ne voulais pas qu’il s’écarte de l’éducation. Car sans éducation tu disposes d’un outil mais tu ne sais pas quoi faire avec. Tu as un talent mais tu ne sais pas quelles sont les bonnes choses à faire avec ce talent pour en retirer le meilleur. L’éducation c’est la connaissance ! Donc je ne lui disais pas vraiment quand un son était bon. Quand quelque chose me paraissait bon, j’écoutais simplement, cool et prenais acte de la chanson. Maintenant qu’il a fini l’école, du moins on ne finit jamais de s’éduquer – j’ai toujours des livres, on ne finit jamais d’apprendre dans la vie – je lui dirai plus que ce qu’il a fait est bon, et qu’il doit continuer. Du moment que c’est naturel. Car il faut vraiment penser ce qu’on dit. Ce n’est pas parce que je suis le fils de Bob. Mais j’ai le même but, la même passion, donc je pense ce que je dis.

Raconte-nous tes débuts dans la musique ?
Tu sais j’ai commencé avant même de le savoir. J’ai commencé en 1979 avec les Melody Makers. Notre père avait écrit notre première chanson (ndlr: il la chante). J’avais 7 ans. Je ne savais pas ce que l’inspiration voulait dire. Je faisais simplement ce que j’aimais faire ! Je chantais ! Je me produisais sur scène et j’étais entouré de musique. Je ne savais pas pourquoi à l’époque. Je ne savais pas que c’était parce que j’étais le fils de cet homme et tout ça. Je trouvais juste ça génial ! L’inspiration donc des débuts était naturelle et organique. En grandissant, j’ai découvert  que c’était ce que je voulais faire dans la vie.

Quelles sont tes inspirations musicales ?
Je suis un fan de musique de manière générale. De toutes les musiques. Comme Duke Ellington a dit : « Du moment que ça sonne bien c’est bon ! », ça n’a pas besoin d’être du reggae, du RnB ou du jazz…du moment que j’aime ce que ça donne, je suis fan de musique. J’adopte ce qui me fait du bien ou me fait bouger.

Quelle est selon toi la contribution de ton père au mouvement rasta dans le monde ?
Mon père est le combattant international de la liberté. Mon père est le porte-parole international de Rastafari. Mon père est le servant du seigneur. Son travail transcende le travail de sa majesté, du tout-puissant. C’est ce que son travail et ses paroles portent, de même que sa vision de la vie…

Être le fils de Bob Marley provoque t-il de la pression?
C’est un honneur en fait d’être né dans un tel héritage, celui de mon père et de ma mère, ainsi que de mes grands-parents.  Laisse-moi te le dire clairement. Ce n’est pas une pression d’être ce que je suis. Je n’ai jamais pensé qu’une pomme, qui provient elle-même d’un pommier, sentirait de la pression du fait d’être une pomme ! On est ce que l’on est !  

Comme tu le sais, nous sommes un magazine sur internet, quelle est ton opinion sur l’influence du web dans la musique ?
Si tu essayes de vendre quelque chose, que ce soit de la musique ou un T-shirt, tu ne veux pas que les gens arrivent à se le procurer gratuitement. Avec la musique c’est quelque chose qui pose aussi des problèmes. En même temps, internet est un média, c’est un moyen de communiquer ses messages, de se rendre plus visible ainsi que ce que tu veux apporter au public…donc c’est aussi une bonne chose d’un côté de pouvoir utiliser internet…

Merci Stephen pour cet entretien!
Merci

 

Sources http://www.reggae.fr

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