Mieux comprendre Bob Marley

Hailé Sélassié Ier

Ethiopie Les bourreaux dans le box

Le « dictateur rouge », Mengistu Hailé Mariam, réfugié à l’étranger, n’est pas là. Mais les autres, ceux qui avaient sous ses ordres institué le règne de la torture et de l’assassinat, sont aujourd’hui confrontés à leurs victimes devant un tribunal d’Addis-Abeba. Procès moins exemplaire que ne le voudraient les maîtres du nouveau régime ? Sans doute. Mais il permet de faire entendre enfin des témoignages accablants sur une terreur qui se prétendait « révolutionnaire » et sur laquelle le monde extérieur a préféré fermer les yeux. Jean-Paul Mari a assisté aux audiences

Il était une fois un dieu vivant, appelé le négus, le Roi des Rois, qui vivait dans un palais du bout du monde et régnait sur un empire… L’histoire de l’Ethiopie moderne commence comme un conte du soir pour enfants. Elle se finit au petit matin du 25 août 1975 dans l’horreur. Par la mort de l’empereur Hailé Sélassié, étouffé sous un vulgaire coussin imbibé d’éther. Il était une fois la révolte des humbles, des opprimés, des fils d’esclaves… Là aussi la révolution marxiste-léniniste des soldats de Mengistu sonne comme l’espoir d’un peuple. Elle se traduit, entre 1974 et 1991, par la « terreur rouge » et une dictature sans égale en Afrique. Il était une fois l’Abyssinie, lieu de tous les mythes, surnommé « le pays des treize mois de soleil », paradis « où coule le miel », peuplé d’« hommes au teint brûlé » qui aujourd’hui encore ne cessent d’invoquer l’or et la gloire du passé pour oublier que la pluie est froide sur les hauteurs d’Addis-Abeba, les terres basses trop sèches, la famine toujours menaçante et la pauvreté affreusement spectaculaire. Que savons-nous de ce trou noir de l’Afrique ? La date d’une bataille historique, en 1896 à Adoua, où les Ethiopiens ont vaincu les troupes italiennes ? Quelques clichés romantiques d’un faste révolu ? Ou surtout ces images fantomatiques d’enfants-vieillards du Wollo, un concert et un disque, « Pour l’Ethiopie », au hit-parade mondial de l’humanitaire… C’est tout. Et c’est bien peu. On traverse la capitale au petit matin et la lumière grise dévoile la nudité d’une cité du tiers-monde. Addis a des allures de ville indienne quand la fumée blanche des braseros accroche les toits de tôle, l’accent du désert d’Arabie dès qu’un éclat de voix dans la rue révèle une sonorité sémite et un petit air d’Asie hors du temps quand l’écriture amharique dessine des fresques mystérieuses. Mais elle redevient l’Afrique quand les femmes noires passent, nonchalantes et cambrées, à l’ombre des grands flamboyants. D’emblée Addis est insaisissable. On la sent feutrée, silencieuse, secrète. Sûre de sa culture deux sinon trois fois millénaire, sûre de son héritage, divin d’abord – fille de l’Eglise copte orthodoxe, petite-fille du roi Salomon et de la reine de Saba -, impérial ensuite, de Ménélik à Hailé Sélassié. Ici on pense que l’étranger peut le rester. Que le monde, son histoire, sa culture et sa religion sont ici rassemblés. Que tout est déjà dit. Le reste : la guerre, la misère, la mort, n’est qu’incident, une virgule dans le grand livre d’Abyssinie. Le dernier chapitre 1974-1991 est pourtant taché d’un flot de sang. Il coule tout au long des 300000 pages du dossier d’instruction du procès contre le régime de Mengistu Hailé Mariam, maître absolu de l’Ethiopie, révolutionnaire impur et dur, marxiste-léniniste de circonstance et vrai boucher de son peuple. 100000 à 200000 personnes balayées par la « terreur rouge », l’emprisonnement, la torture et l’assassinat considérés comme un objectif national. Un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants morts, toute une génération emportée par la famine, une aide alimentaire détournée, la guerre en Erythrée, et une frénésie de massacres. Un crime contre l’humanité. L’Ethiopie juge son passé ? Oui, mais dans un silence mondial qui ressemble fort à de l’indifférence. Pourtant, le « Nuremberg africain » vaut bien le Rwanda ou la Bosnie. Même si le procès, ouvert en décembre 1994 et dix fois suspendu, ajourné, reporté, s’est longtemps enlisé dans la procédure avant d’en arriver à l’essentiel : l’audition des premiers témoins, le récit des victimes, le face-à-face avec leurs bourreaux. Ils sont là. Sages et disciplinés comme une flopée de notables cravatés, en civil, la soixantaine respectable. Lui, au premier rang à gauche, s’appelle Fikresélassié Wegderes. Mince, ascétique, l’oeil attentif, un petit sourire qui flotte en permanence sur une absence de lèvres, il était capitaine et Premier ministre du Derg, le comité révolutionnaire qui dirigeait le pays sous Mengistu. Au centre, le major Fiseha Desta, ex-vice-président, grosse bague au doigt, belle allure d’homme d’affaires international dans son costume bleu électrique. A droite, un homme appuyé sur sa canne, l’air penché et la barbe neigeuse d’un vieux sage de village africain : le colonel Teka Tulu, ex-chef de la Sécurité, était surnommé « l’hyène »… Ils sont quarante-six dans le box des accusés. Avec à peu près autant d’avocats. La salle est petite, bondée et très surveillée. A l’entrée, les gardes portent des grenades à la ceinture et des soldats, kalachnikov au poing, marchent sur les toits des maisons alentour. De gros projecteurs éclairent l’amphithéâtre reconverti en tribunal de l’Histoire. On lève la tête. Au plafond, une grosse plaque de bronze est toujours là, frappée de l’étoile rouge, faucille et marteau sur fond d’Ethiopie. C’était il y a cinq ans à peine. On peut encore lire un slogan, gravé sur le métal : « Nous dominerons non seulement les réactionnaires, mais la nature tout entière ! » Les ombres de Ceausescu et de Pol Pot passent dans la salle surchauffée. On frissonne. Mengistu n’est pas là. Juste avant que les guérilleros du Tigré ne s’emparent de la capitale, il a fui vers le Zimbabwe de son ami le président Robert Mugabe. Depuis, il vit à Gun Hill, un faubourg chic de Harare, la capitale, brutalise ses gardes du corps, tempête contre les « usurpateurs » et dépense une fortune en téléphone pour essayer de convaincre le monde entier que « les ennemis du peuple ne comprennent qu’une chose : la force ! ». Personne ici n’a oublié le personnage en uniforme et casquette, silhouette cambrée montée sur talonnettes, poing levé et bouche menaçante. Mengistu, absent, sera jugé par contumace, comme quelques dizaines d’autres responsables morts ou en fuite. Aujourd’hui on commence par juger les membres du Derg, accusés de génocide. Ensuite il faudra statuer sur le sort des ministres, des hauts responsables politiques, civils et militaires. Tous seront à nouveau face au tribunal pour répondre de crimes de guerre. Après, on examinera le cas des simples exécutants, hommes de main, bourreaux et tortionnaires. Parmi eux un militaire, Mamo Walde, ancien médaille d’or aux jeux Olympiques de Mexico. Qui juge-t-on ? Les hommes ou le régime ? La responsabilité individuelle ou collective ? Réponse : les deux à la fois ! Un procès lourd, difficile et effroyablement compliqué. Il a fallu près de quatre années d’enquête pour boucler le dossier d’instruction, recueillir les témoignages aux quatre coins de l’Ethiopie, ouvrir toutes les archives, regrouper des montagnes de documents, les trier, les classer et les analyser. Comment préparer les dossiers ? Et quelle loi appliquer ? Avec quels moyens ! Au début, la tâche paraît insurmontable : « Pour ce travail de titan, je disposais de… vingt-huit magistrats et de trois véhicules ! », se rappelle Ghirma Wakjira, procureur général d’Addis-Abeba, aussi épuisé que tenace. La communauté internationale investit 5 millions de francs. On achète quelques dizaines d’ordinateurs. On fait venir de Paris Pierre Truche, premier magistrat, procureur du procès Barbie, et de Buenos Aires des spécialistes argentins qui fouillent les fosses communes. Les vingt-huit magistrats éthiopiens, à la fois enquêteurs, juges d’instruction et procureurs, écument les routes défoncées d’un pays grand comme deux fois la France. Le résultat : 2500 témoignages, un monumental dossier d’instruction et 4000 inculpés dont la moitié attendent dans les prisons du pays. Certains risquent la peine de mort. Ce matin, à l’audience, le climat est de plus en plus lourd. Le « témoin no 1 », Teshomé, vient de finir sa déposition. Elle est accablante. L’incident est inévitable. Les avocats attaquent : « Vous êtes un témoin hostile ! » A la barre, l’homme se rebiffe : « Vous n’avez plus à me dicter vos ordres ! » Le président écrase sa sonnette pour exiger le calme. Un des avocats désigne son client : « Etes-vous capable d’identifier cet homme ? » Le témoin secoue sèchement la tête : « A vrai dire, je ne vois rien qui ressemble à un être humain dans ce box ! » Le passé, sa haine et sa violence, est trop proche. L’enjeu trop important. Et Teshomé, lui-même ancien magistrat et ministre d’Etat de l’empire, est un témoin capital. A partir de ses déclarations on peut reconstituer un des actes fondateurs de la dictature Mengistu. Cela a commencé par un vote à main levée, un serment solennel lié par le sang, s’est poursuivi par la mise à mort du « père redouté », l’empereur, puis a rapidement gagné tout le pays, par cercles successifs, pour finir par écraser tout un peuple. « J’ai été arrêté le 22 novembre 1974 à 11 heures du soir, raconte Teshomé, qui reçoit dans sa villa protégée par des grilles et des gardiens. Bizarrement, je n’étais pas inquiet. » Il ne sait pas encore. Certes, les militaires du Derg ont pris le pouvoir six mois plus tôt, mais la violence n’a pas encore envahi le pays. Les Ethiopiens n’ont rien fait pour empêcher la chute d’un négus vieillissant qui, à la veille du coup d’Etat, fête l’anniversaire d’un proche avec un gâteau importé d’Italie, pendant que la révolte des affamés gronde sous ses impériales fenêtres. Teshomé est jeté dans une cave humide et glaciale. Il y retrouve 182 autres détenus, la fine fleur du régime, parmi lesquels le Premier ministre, « homme de 62 ans, d’une immense culture, qui parlait mieux le français que l’amharique ». Le lendemain, vers 18 heures, un militaire ordonne à un groupe de prisonniers de monter dans un camion qui les attend. « Ils nous appellent pour nous tuer… », note calmement le Premier ministre. Teshomé, incrédule, tente de le rassurer. D’ailleurs l’officier a promis qu’ils seraient de retour pour le dîner. Le Premier ministre sourit, secoue la tête et dit en français : « Cher Teshomé, en tant qu’ancien avocat, soucieux du droit, vous êtes victime de votre déformation professionnelle. » Et il monte, enchaîné, avec les autres dans le camion militaire. La suite ? On la voit dépeinte sur le mur d’une petite crypte interdite enfouie près de la grande église orthodoxe en plein centre d’Addis. Sur la fresque naïve, aux couleurs brûlées du pays, tout est dit : les prisonniers que l’on emmène enchaînés, les malades que l’on traîne sur le sol, un militaire qui commande le peloton d’exécution, la longue rafale, et les hommes que l’on jette dans la fosse commune. De chaque côté du mur, une série de portraits du Premier ministre, de ministres, de gouverneurs de province, du fils aîné d’Hailé Sélassié, du commandant de la garde impériale ou du président de la Croix-Rouge… Cinquante-neuf dignitaires assassinés, l’élite d’un empire décapitée. Dans sa cave, Teshomé, miraculeusement épargné mais toujours incrédule, commence à s’inquiéter au petit matin : « Le Derg avait son bureau au-dessus de notre prison. Les fenêtres étaient ouvertes. On les entendait crier. Ils étaient ivres… Puis la BBC a annoncé l’exécution. Et le lendemain, c’est le journal officiel qui a donné la liste des personnalités assassinées. » Un autre témoin dira comment les hommes du Derg ont pris la décision : à main levée, sous la direction de Mengistu. Désormais les conjurés sont liés par un pacte sanglant. Reste l’obsession de Mengistu, son cauchemar : Hailé Sélassié, le négus, dieu vivant, symbole de la continuité impériale. Lui, Mengistu, fils bâtard d’un soldat et d’une mondaine de la cour, ne supporte plus de vivre sous cette ombre portée à son pouvoir. Depuis des mois il lui rend visite dans sa minuscule chambre-prison aménagée au Jubilee Palace. Le nouvel homme fort n’ose pas élever la voix devant ce frêle monarque de 83 ans. Chaque fois la question est la même : « Où est le trésor secret de l’empire ? Les 11 milliards de dollars ? Dans quelle banque en Suisse ? Le numéro de compte ? » Inflexible et hautain, le monarque nie. Non content d’exister, il résiste ! Et Mengistu ne le supporte pas. Plus de vingt ans après, dans une villa de la périphérie de la capitale, un petit homme effacé pleure en silence. Aujourd’hui encore il se lève quand un ancien membre de l’entourage du négus entre dans la pièce. Eshetu était le serviteur de l’empereur. « C’était le 25 août 1975. Quand le militaire m’a ordonné de quitter ma chambre, j’ai su que quelque chose de mauvais allait arriver », raconte Eshetu. Le négus n’a plus de téléphone, plus de radio, mais son fidèle serviteur ne le quitte jamais. Il lui sert à dîner, dort à proximité et lui apporte son petit déjeuner, une tasse de café et un peu de porridge, à 8 heures précises. Quand le négus a été arrêté, Eshetu a vu arriver le colonel Daniel, militaire brutal : « Quel est votre but ?, a demandé Hailé Sélassié.- Faire descendre ceux qui sont au sommet et faire monter ceux qui sont en bas !, a dit le révolutionnaire. Ce serait bien, a répondu l’empereur, mais vous ne serez pas capable de mener ce projet à bien. » Changer de chambre ? Eshetu s’affole et court prévenir l’empereur : « Il était déjà couché, il s’est levé, a mis son châle de prière, le chamma, et s’est dirigé vers la fenêtre face à l’église Sainte-Marie. » Le négus a compris. « Il s’est mis à prier, je voyais les larmes couler de ses yeux et je l’ai entendu dire : « Ô Ethiopie, n’avons-nous pas fait tout notre possible pour vous ? » Puis il a tendu les mains comme pour s’en remettre à Dieu. » Le militaire entraîne Eshetu hors de la chambre. « J’étais enfermé à clé. Toute la nuit j’ai entendu des va-et-vient. Je tremblais d’angoisse. » Au matin, on lui demande d’aller servir le petit déjeuner. « En entrant dans la chambre, j’ai senti une puissante odeur d’éther. L’empereur était couché sur le dos, les yeux fermés, la couverture remontée jusqu’à la poitrine. Lui au teint d’habitude si pâle avait le visage violacé. Je me suis évanoui… » Quand il revient à lui, il voit passer un cercueil suivi par Mengistu. Le nouveau négus « rouge » ordonnera à un architecte de creuser plusieurs excavations dans son palais pour que personne ne sache où est enterré le monarque. Bien plus tard on retrouvera la dépouille de l’empereur enterrée à six pieds… au-dessous du bureau de Mengistu. Quant à Eshetu, serviteur fidèle et brisé, il devra rester au palais comme domestique au service des assassins du Derg. Le gouvernement décimé, le négus étouffé, l’empire aboli… Tous les tabous sont tombés. Désormais les révolutionnaires peuvent s’entre-tuer. Mengistu fait d’abord éliminer ses concurrents, « capitulards » ou « révisionnistes ». Parmi les partis de gauche, tous sont marxistes, tous veulent l’émancipation des paysans et la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais personne n’est d’accord sur la méthode. Il y a les hommes du Derg, les « gauchistes » du PRPE et ceux du Meison. En 1977, une campagne d’attentats est lancée contre la junte : c’est la « terreur blanche ». Mengistu répond en décrétant la « terreur rouge ». Addis-Abeba n’a pas oublié son discours en place publique, sa main droite qui s’abat trois fois vers le sol, faisant exploser trois bouteilles rouges comme du sang : « Mort à l’impérialisme !… au féodalisme !… au capitalisme bureaucratique ! » A 73 ans, Bermanu Meshesha vit toujours dans le quartier de Casanchis, magma de ruelles défoncées, de dépôts d’ordures et de maisons de tôle, en plein centre d’Addis. Bermanu avait quatre enfants et deux neveux qui dormaient sous son toit. Le plus vieux avait 18 ans, le plus jeune 12 ans. Les militaires sont venus les prendre un matin d’avril à 6 heures. « Ne vous inquiétez pas. On sait qu’ils n’ont rien fait, a dit l’officier. Simple interrogatoire. Ils reviendront. » Les gosses sont partis en pyjama. A midi, Bermanu est allé leur porter à manger au « kébélé », le comité de quartier. Ses enfants avaient déjà été transférés au 6e bureau de police. Bermanu est allé voir. « Nourriture interdite. Questions interdites. Partez ! », a lâché un fonctionnaire. « Le soir, un de mes neveux a réussi à téléphoner. Il avait trois balles dans le corps. On l’avait laissé pour mort. Les autres… » Tous abattus d’une rafale dans un terrain vague. Bermanu veut récupérer les corps, trouve des caisses en bois, cercueils improvisés : « La morgue était pleine, partout des corps de gosses, des cris, le chaos. Les militaires ont bousculé mes cercueils et jeté à terre les corps de mes enfants. » Eté 1976, 1977, 1978… Trois vagues de terreur rouge. Mengistu écrase d’abord le PRPE puis le Meison, puis ceux qui émettent la moindre critique. « La cible idéale était l’étudiant, de 12 à 20 ans, garçon ou fille… La fleur de la jeunesse éthiopienne, explique un universitaire. On a décapité une génération de l’intelligence. » C’est l’époque où chaque matin on expose 150 à 200 cadavres de jeunes sur les trottoirs d’Addis. Interdiction de poser la moindre question, de s’arrêter si on a reconnu un frère, un ami, un voisin. C’est le temps où les enfants étranglés avec une corde de nylon, le « noeud papillon de Mengistu », sont jetés dans les dépotoirs de la ville. Dans les 293 « kébélés », comités de quartier transformés en prisons ou en écoles révolutionnaires, on oblige les plus jeunes à cracher et à chanter, poing levé, devant les tas de cadavres de leurs camarades d’école. Une loi abaisse à 8 ans l’âge pénal. C’est le temps où paraît un journal nommé « Terreur ! » avec à la une une énorme flaque de sang stylisée, où la radio annonce les records d’exécutions, où l’on décore les meilleurs tueurs, où l’on fait payer le prix de la « balle gaspillée » aux familles qui parviennent à récupérer le corps de leur enfant. Les plus belles villas sont transformées en centres de torture. Ne parlez pas de « Bermuda » ou de « Ras-Kassa » à Abebe, petit fonctionnaire qui traîne sa vie en claudiquant. Il tremble encore en se rappelant la cellule de 25 mètres carrés où ils dormaient à 40 : « Jamais sur le dos, toujours sur le côté. Pendant huit ans. » Et les tortures. Il y avait la « numéro 8 », suspension par les poignets derrière le dos, épaules déchirées. La « numéro 10 », barre sous les genoux, coups sur la plante des pieds. Et la « numéro 11 », et les autres, fouet, ongles arrachés, sexes castrés, yeux crevés… Aujourd’hui, dans les locaux du Comité contre la Terreur rouge, il y a un bureau fermé à clé. A l’intérieur, on vous remet un gros paquet mal ficelé, des milliers de clichés d’identité des victimes. On reste là longtemps, avec ces photos plein les bras. Et ces visages de gosses, ces regards. Des milliers de regards. A l’époque, personne à l’extérieur n’ose ou ne veut parler. « Ras-Kassa », villa de l’horreur, est pourtant à 300 mètres à peine de l’ambassade de France. Quant au clergé… « Il n’y a pas eu ici de monseigneur Courage », résume un prêtre. Addis-Abeba est seule. L’Ethiopie est entrée dans la nuit. Elle n’en sortira que dix-sept ans plus tard, après l’affreuse famine de 1984, une aide alimentaire détournée par Mengistu et interdite aux régions rebelles, la fin de l’appui de Moscou et l’hémorragie de la guerre en Erythrée et au Tigré. Aujourd’hui les rebelles tigréens du président Meles Zenawi sont au pouvoir. Partout on vous répète que le procès en cours doit faire justice des crimes passés, interdire l’oubli, donner une leçon de droits de l’homme aux générations futures. Le régime veut ainsi obtenir une reconnaissance internationale, montrer au monde qu’il peut réussir son « Nuremberg africain » avec son Code pénal, ses juges, ses tribunaux. En faire un « modèle éthiopien ». La culpabilité est évidente. Les bureaucrates du Derg, conseillés par la Stasi est-allemande, ont accumulé les rapports d’exécutions, tenu la comptabilité des balles utilisées et réalisé des films vidéo sur la torture. « C’est incroyable ! Aujourd’hui encore aucun des accusés ne montre la moindre trace d’un quelconque repentir ! », dit, stupéfait, le procureur général. Ainsi le procès serait joué ? Non. Parce que les opposants au régime accusent ce dernier de vouloir se forger une légitimité pour faire oublier qu’il est l’émanation des rebelles du Tigré et pour faire main basse sur l’Ethiopie après avoir chassé les Amharas des postes clés de l’administration. Plus grave, disent-ils : le négus et Mengistu luttaient pour garder l’entité éthiopienne alors que le nouveau régime la démembre en donnant l’indépendance à l’Erythrée. La plus grande partie de la société a collaboré ou s’est tue face à la dictature. Dans le box des accusés, certains ont été à la fois bourreaux et victimes ; dans les rangs des avocats de la défense, certains ont été mis en prison par ceux qu’ils défendent. Et quand un accusé, visiblement terrorisé, veut dire que ses gardiens lui ont intimé l’ordre de se taire au procès, qu’on l’a battu et enchaîné des jours entiers dans l’obscurité, le président écrase sa sonnette : « Silence ! Avez-vous une question à poser au témoin ? » A la sortie de l’audience, l’avocat, lui-même ancienne victime du Derg, en a les larmes aux yeux : « Je veux une justice. Enfin, une vraie justice. Pas ça ! » Qui juge qui ? Et comment ? L’examen de la longue nuit éthiopienne devrait durer au moins trois ans. Il pose déjà toutes les questions des futurs procès pour crimes contre l’humanité, en Bosnie, au Rwanda ou ailleurs. Il est encore temps de suivre celui d’Addis-Abeba pour en tirer les leçons. Et ne plus faire ce que le monde a fait pendant près de vingt ans : détourner le regard.

JEAN-PAUL MARI


« Visa »: Rastas, les enfants de Bob Marley.

Les « Carnets d’un grand reporter ».

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Photo jean paul mari



C’est une utopie qui part d’une relecture de la bible et propose une « vision libératrice à un peuple traumatisé par quatre siècles d’esclavagisme. » Ah, bon ? Pour moi, Rasta, c’était Bob Marley, des tresses comme des lianes et un pétard gros comme un baobab. Faut dire que je faisais de la radio à Monserrat, une île perdue des Antilles britanniques, et que j’avais le plus grand mal à travailler en studio à cause des effluves de ganja que le personnel semait dans les couloirs.

Rastafari, jah, man ! On entendait cela du matin au soir!

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En revenant de mon caillou au soleil, j’ai investi le bureau de mon directeur de radio quelque part en France pour lui expliquer que le reggae était l’avenir de l’ « Omo Musicus ». Je me souviens encore de son regard de profonde commisération. Jah, man !

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Noel Quidu, lui, photographe romantique mais pragmatique – « Quidu », en breton, cela veut dire « chien noir », chien fou, fort en gueule et grand cœur, de la race des marins du grand large – a sillonné la Jamaïque, l’Ethiopie, les USA et l’Europe à la poursuite des rastas.

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A Kingston, -Jah, man !... bon, ça suffit – deux énormes statues dénoncent l’esclavagisme ancien et un homme enroulé dans une couverture africaine se recueille sur la tombe de son dieu: Haïlé Sélassié, empereur d’Ethiopie entre 1930 et 1974.

 

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Bien sûr, Haïlé Sélassié n’a rien à voir avec ses émules. Un aristo, autoritaire, à l’étrange destinée puisque Mengistu le rouge l’a fait étouffer avec un oreiller dans son lit avant de garder son corps pendant des années muré sous ses pieds, juste au-dessous de son bureau. Etait pas près de s’échapper le dieu vivant! Un empereur déconcertant, donc, qui déclenche amour ou angoisse selon que l’on soit humble ou dictateur. Bref, pour les rastas, c’est un Dieu. Et Bob Marley grandit très loin de là, à Trench Town, dans un ghetto ultra-violent, se faisant prophète en lutte contre Babylone. « Get up! Stand up!… »

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Donc, Dieu est noir et Haïlé Sélassié, roi des rois, lion de la tribu de Juda, descendant du roi Salomon et réincarnation du christ. On en oublie un ? Non. D’ailleurs Bunny Wailer, ami d’enfance de Bob marley, avec qui il fonde « Bob Marley and the Wailers », crache une musique à réveiller les morts.

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Un rasta est sage, il ne boit pas mais danse, fait danser, fume et enfume. Il part en pèlerinage vers l’Ethiopie, car « la délivrance est proche ». Pour communier avec les ancêtres en répétant : « Un Dieu, un but, une destinée. » Et certains quittent la métropole française pour filer en Guadeloupeavant le grand voyage vers Addis-Abeba.

 

 

Des fêlés ? Non. Ils ont leur mode de vie, recherche l’harmonie, respectent la nature et marchent en suçotant  d’énormes pipes à cannabis.

 

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Ethiopie, Shashemené et la Nouvelle Sion, tout se mélange. En parcourant l’exposition, on se laisse aller au fil des photos – dommage qu’un éclairage trop violent multiplie les mauvais reflets…- où l’on retrouve le Quidu des grands reportages, le goût de la couleur,  un mélange d’immersion et de distance avec son sujet, l’empathie et l’humanité de l’image. Bref, le chien noir qu’on aime !

 

source

http://carnetsdungrandreporter.blogs.nouvelobs.com


La naissance du mouvement rasta

30 ans après la mort de Bob Marley, nous revenons sur l’histoire méconnue des rastas à travers ceux qui l’ont inspiré. Marcus Garvey, le père du Black Power, chanté par toutes les stars du reggae, mais aussi Léonard Percy Howell, le « Gong », également jamaïcain et premier prédicateur de Ras Tafari. Si le premier est devenu un mythe, la mémoire du second a été effacée. Grâce au formidable travail d’enquête d’Hélène Lee, auteur du film documentaire Le premier rasta, on comprend d’où vient le message de celui qui a adopté le surnom de « Tuff Gong » : Bob Marley !

Rediffusion du 27 août 2011.

Notre invitée, Giulia Bonacci est historienne et spécialiste de l’Afrique et des diasporas africaines. Chercheuse à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), elle est actuellement en poste à Addis Abéba, au Centre Français d’Etudes EthiopiennesGiulia Bonacci est l’auteur de Exodus ! l’histoire du retour des Rastafariens en Ethiopie, aux éditions l’Harmattan

A voir : Le premier rasta, de Hélène Lee www.lepremierrasta.com
A lire : Le premier rasta, de Hélène Lee aux éditions Flammarion.

Playlist de l’émission :
« Rastaman Chant » par Ras Michael & The Sons of Negus
« Marcus Garvey » par Burning Spear
« Sounds of Babylon » par Samuel the First
« Selassie is the Chapel » par Bob Marley & The Wailers
« Rastaman Chant » par Bob Marley
« Samia » par Count Ossie & The Mystic Revelation
« Equal Rights » par Peter Toshe
« Run Come » par Ras Michael & The Sons Of Negus
« I Know a Place » par Bob Marley and the Wailers.

 

Source http://www.rfi.fr


Hailé Sélassié Ier


Ras Tafari Mekonnen (ge’ez : ተፈሪ መኮንን Prononciation du titre dans sa version originale), né le 23 juillet 1892 à Ejersa Goro, une ville de l’Empire d’Éthiopie et mort le 27 août 1975 à Addis-Abeba, a été le dernier empereur d’Éthiopie de 1930 à 1936 et de 1941 à 1974. Il a choisi de régner sous le nom de Hailé Sélassié Ier (ge’ez : ቀዳማዊ ኃይለ ሥላሴ Prononciation du titre dans sa version originale).

Il est considéré par la plupart des Rastas comme étant le « dirigeant légitime de la Terre » (Earth’s rightful ruler) et de surcroît le Messie, en raison de son ascendance qui, selon la tradition chrétienne orthodoxe éthiopienne, remonterait jusqu’aux rois Salomon et David.

De l’enfance au règne

Hailé Sélassié est né à Ejersa Goro, un village de la province du Harer, dans l’est de l’Éthiopie, sous le nom de Täfäri Mäkonnen (ge’ez : . Teferi signifie littéralement « celui qui est craint » et Mäkwännen, simplifié en Mäkonnen, est le prénom de son père qui signifie « grand, noble ». Il garda ce nom jusqu’au 3 avril 1930, date de son accession au trône d’Éthiopie comme Roi des Rois à 38 ans.

Son père était Ras Mäkonnen, gouverneur de Harari et sa mère, morte du choléra le 14 mars 1894 alors qu’il n’avait que deux ans, Woyzero (wäyzäro, madame) Yäshimabät Ali.

Son père, grand artisan de la victoire d’Adwa contre les Italiens (1er mars 1896), mourut le 21 mars 1906, laissant Tafari, 14 ans, aux bons soins de l’empereur Menelik II (Dägmawi Ménilek ).

En juillet 1911, Täfäri, 19 ans, épousa en secondes noces woyzäro Menen Asfaw, fille de Jantirar Asfaw d’Ambassel et petite-fille maternelle du roi Mika’él du Wollo (Wällo). L’empereur Hailé Selassié et l’impératrice Menen eurent six enfants :

princesse Tenagnework,
prince couronné Asfaw Wossen,
princesse Tsehay,
princesse Zenebeworq,
prince Mäkonnen, duc de Harrar,
prince Sahle Selassie.

Hailé Sélassié avait également une fille de son premier mariage, la princesse Romaneworq.

L’accession au pouvoir

Le 27 septembre 1916, l’empereur Lij Yassou (Yassou V), petit-fils et héritier de l’empereur Menelik II, suspect de conversion à l’islam fut déposé par une assemblée de nobles avec l’accord de l’Église orthodoxe d’Éthiopie.

La tante de Yassou V, fille de Ménélik II, Zaoditou (Zäwditu) fut alors proclamée impératrice d’Éthiopie sous le nom de Zewditou Ire et son cousin le ras (duc) Tafari, prince héritier (alga-wärash) et régent de la couronne (endärassié).

En tant que ras Tafari (celui qui est redouté en amharique), il exerça la réalité du pouvoir sous le règne de sa cousine l’impératrice Zaoditou puis comme roi (négus) de 1928 (7 octobre) jusqu’en 1930 (2 avril). À la mort de Zaoditou, le 2 avril 1930, il prit le titre d’empereur.

Ras Tafari fut couronné le 2 novembre 1930 sous le nom de « Hailé Sélassié Ier (pouvoir de la Trinité), Roi des Rois d’Éthiopie, Seigneur des Seigneurs, Lion conquérant de la tribu de Juda, Lumière du Monde, élu de Dieu » (Gärmawi Qädamawi Haylä Sellassé, negusä nägäst zä’Ityopya, moa anbessa zä’emnägädä yehuda, berhanä aläm, seyumä Egziabhér en amharique).

Hailé Sélassié développa la politique de modernisation progressive lancée par l’empereur Ménélik II, permettant ainsi l’admission de l’Éthiopie dans la Société des Nations en 1923 et décrétant la première constitution du pays en 1931. Il supprima également une pratique très ancienne, l’esclavage, dans l’Empire par des décrets pris en 1918 et 19231.

La Seconde guerre italo-éthiopienne et le retour d’exil

L’incapacité de la SDN à réagir efficacement lors de l’invasion italienne de 1935 (Seconde guerre italo-éthiopienne) le força à l’exil en Angleterre. Il s’était auparavant rendu lui-même à la SDN, où il avait prononcé depuis la tribune un vibrant discours dans le but d’être soutenu : « Je suis venu en personne, témoin du crime commis à l’encontre de mon peuple, afin de donner à l’Europe un avertissement face au destin qui l’attend si elle s’incline aujourd’hui devant les actes accomplis »2. Non soutenu, il quitte même le palais des Nations hué. Il vit à Bath du 5 mai 1936 au 5 mai 1941. De son exil, il reçoit une lettre de la future reine d’Angleterre, la princesse Élisabeth, qui note : « Je pense à vous et je vous admire ».

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale permit la reconquête rapide du pays avec l’aide des Britanniques et des Français (emmenés par le commandant Monnier), permit à Hailé Sélassié de recouvrer une totale souveraineté sur l’Éthiopie, lui permettant de reprendre la politique de modernisation et de développement qu’il avait entamée.

Un meneur africain

Hailé Sélassié Ier, le 1er octobre 1963 à Washington.
Hailé Sélassié Ier à son bureau du palais d’Addis-Abeba.

Entretenant de bonnes relations avec le président américain Franklin Roosevelt et ses alliés, l’empereur obtient l’entrée de l’Éthiopie dans l’ONU dès sa fondation. Adoptant une position de non-aligné pendant la période de Guerre froide, par sa participation à la conférence de Bandung, Sélassié œuvra également à l’indépendance du continent africain et à son unification. L’Organisation de l’unité africaine (OUA) fut fondée en 1963 à son instigation et établit son siège à Addis Abeba.

Modernisation et crise

En décembre 1960, à la suite d’une tentative de coup d’État à laquelle fut mêlée le prince héritier Asfaw Wossen, il poursuivit une politique plus conservatrice, alignant l’Éthiopie avec l’Occident contre les gouvernements africains plus radicaux, tout en initiant quelques réformes timides. Il remplace ras Abebe Aregai, le Premier ministre abattu lors du putsch, par Aklilu Habte-Wold, qui restera à cette fonction jusqu’en 1974, cumulant à partir de 1964 le portefeuille de l’Intérieur. Progressivement, Sélassié se consacrera à la scène internationale pour laisser son Premier ministre s’occuper des affaires intérieures.

Il envoya des troupes participer à l’Opération des Nations unies au Congo lors de la crise congolaise de 1960.

En 1961, le refus d’Hailé Sélassié d’accorder l’autonomie à l’Érythrée, comme prévu par la résolution 390 de l’ONU de 1950, conduit à la guerre de sécession de l’Érythrée, qui aboutit à la proclamation d’un nouvel État, entre l’Éthiopie et le Soudan, en 1993.

Il présida en 1963 l’Organisation de l’unité africaine, dont le siège fut établi à Addis-Abeba. Avec le président malien Modibo Keïta, il parvient à convaincre le Maroc et l’Algérie de conclure les accords de Bamako (1964), mettant fin à la guerre des sables. Suite à des conflits avec la Somalie à propos de l’Ogaden, territoire éthiopien peuplé majoritairement de Somalis, le Négus signa un traité de défense mutuelle en 1964 avec le Premier ministre kényan Jomo Kenyatta.

La chute de l’empereur

Révolution éthiopienne.

L’aggravation de la situation économique et sociale du pays suite au choc pétrolier de 1973, des mécontentements croissants parmi les étudiants et une partie des élites entraînent la démission du Premier ministre en février 1974. L’empereur le remplace par le ras Endalkachew Makonnen.

Loin de rétablir l’ordre, cette première en Éthiopie encouragea les revendications protestataires: grèves ouvrières et manifestations étudiantes réclamaient des réformes sur la propriété des terres, des enquêtes sur la corruption aux plus hauts niveaux du gouvernement ainsi que des réformes politiques. En avril 1973, pressé par les manifestations étudiantes, l’empereur lève la censure sur l’état de famine au Wello, après s’être opposé à la publication d’un rapport critique de la FAO. C’est le début de la révolution éthiopienne, avec la première grève générale de l’histoire éthiopienne en mars 1974.

L’empereur est renversé le 12 septembre 1974, par un coup d’État mené par un groupe de 120 militaires, réunis au sein du Derg, parmi lesquels Aman Mikael Andom (premier chef de l’État après la chute d’Haile Selassie), Tafari Benti (son successeur, assassiné en 1977) et Mengistu Haile Maryam (qui devient en 1977 l’homme fort de l’Éthiopie).

Les médias relayèrent la nouvelle de sa mort en prison le 27 août 1975, suite à une opération de la prostate, mais une mort par strangulation ou par étouffement est bien plus vraisemblable.

Sa dépouille fut dissimulée dans les soubassements du palais impérial, où elle fut découverte en 1992, un an après la chute du dictateur Mengistu qui fut défait en 1991. Pendant dix ans, le corps de l’empereur demeura déposé auprès de celui de son grand-oncle Menelik dans l’église de Bhata. Il reçut finalement des funérailles solennelles le 5 novembre 2000 en la cathédrale de la Sainte-Trinité d’Addis Abeba.

Rastafari

Mouvement rastafari.

Parmi les adeptes du mouvement rastafari, un mouvement spirituel qui s’est développé dans les années 1930 en Jamaïque sous l’influence du mouvement « Back to Africa » (Retour vers l’Afrique) de Marcus Garvey et des prêches de Leonard Percival Howell, Hailé Sélassié est considéré comme un messie noir qui mènera la diaspora et les peuples africains vers la liberté. Beaucoup de Rastas pensent que Sélassié est encore vivant et que la mise en scène médiatique de sa mort fait partie d’un complot visant à discréditer leur spiritualité.

Un discours prononcé par Hailé Sélassié aux Nations unies en 1963 est devenu une des chansons cultes de Bob Marley : War, sur l’album Rastaman Vibration. L’empereur parlait essentiellement de paix et d’espoir, de douleur également mais toujours de non-violence. Hailé Sélassié, chrétien pratiquant, a relativisé les croyances du Rastafari le proclamant comme messie. Une visite d’État en Jamaïque en 1966, où Sélassié fut salué par une foule très nombreuse dès son arrivée à l’aéroport, marqua profondément le monarque. Après sa visite, l’empereur confia à un clerc éthiopien, l’Abuna Yesehaq : « Il y a un problème en Jamaïque… Veuillez aider ces personnes. Ils comprennent mal, ils ne comprennent pas notre culture… Ils ont besoin d’une Église établie et vous êtes désigné pour y aller ». L’Église éthiopienne orthodoxe s’installa alors en Jamaïque pour convertir les rastas au christianisme tewahedo. Cependant durant sa visite dans l’île il ne démentit jamais formellement les Rastafaris comme le gouvernement jamaïcain le désirait. Avant sa venue, des Rastafaris présents dans des délégations avaient déjà été reçus par lui en Ethiopie. Il remit même personnellement des cadeaux aux anciens de la Communauté. Quelques années plus tard un de ses conseillers indien confie l’avoir vu pleurer pendant qu’il lui lisait une lettre des rastafaris de Jamaïque.

Distinctions

Titres éthiopiens

Negusa Nagast (Roi des Rois)
Seigneur des Seigneurs
Lion Conquérant de la Tribu de Juda
Empereur d’Éthiopie
Élu de Dieu
Défenseur de la Foi
Lumière du Monde
Chef de l’Ordre Ancien de NyaBinghy
Grand Prêtre selon l’Ordre de Melchisédech

Titres étrangers

Maréchal à titre honorifique de l’armée britannique (1965)
Docteur en droit de l’université de Cambridge
Docteur en droit civil de l’université d’Oxford

Décorations

GER Bundesverdienstkreuz 2 BVK.svg Chevalier Ordre de Leopold.png National Order of the Southern Cross K R.jpg Band to Order of Charles III.png Legion Honneur GC ribbon.svg Order of the Most Holy Annunciation BAR.svg Cavaliere OMRI BAR.svg
Ord.Lion.Nassau.jpgOrder of the Aztec Eagle ribbon.JPG Ord.St.Olav.jpg Ord.Neth.Lion.jpg Ch Argent Ru.gif Order of the Garter UK ribbon.png Order of the Bath UK ribbon.png Ord.St.Michele-Giorgio.png
Linten van de Koninklijke Orde van Victoria.jpg Order of the Seraphim - Ribbon bar.svg Order of the Yugoslavian Great Star Rib.png Order suvorov1 rib.png

Intitulés

Drapeau : Allemagne Allemagne

  • Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République fédérale d’Allemagne (1954)

Drapeau : Belgique Belgique

  • Chevalier de l’Ordre de Léopold, 1924

Drapeau : Danemark Danemark

  • Chevalier de l’Ordre de l’Éléphant, 1954

Drapeau : Espagne Espagne

  • Grand-croix de l’Ordre de Charles-III

Drapeau : Éthiopie Éthiopie

  • Grand Cordon de l’Ordre de Salomon, 1930

Drapeau : France France

  • Grand-croix de la Légion d’honneur, 1924

Drapeau : Grèce Grèce

  • Chevalier de l’Ordre du Sauveur

Drapeau : Italie Italie

  • Chevalier de l’Ordre suprême de la Très Sainte Annonciade (Maison de Savoie), 1928

  • Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République italienne

Drapeau : Luxembourg Luxembourg

  • Chevalier de l’Ordre du Lion d’Or de la Maison de Nassau

Drapeau : Mexique Mexique

  • Collier de l’Ordre de l’Aigle aztèque, 1954

Drapeau : Norvège Norvège

  • Chevalier de l’Ordre de Saint-Olaf, 1949

Drapeau : Pays-Bas Pays-Bas

  • Chevalier de l’Ordre du Lion néerlandais

Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni

  • Chevalier de l’Ordre de la Jarretière (KG), 1954

  • Chevalier Grande-croix de l’Ordre du Bain, 1924

  • Chevalier Grand-croix de l’Ordre de Saint-Michel et Saint-George (GCMG), 1917

  • Collier de l’Ordre royal de Victoria (GCVO), 1930

Drapeau : Suède Suède

  • Chevalier de l’Ordre des Séraphins, 1954

Drapeau : URSS Union soviétique

  • Chevalier de l’Ordre de Souvorov

Drapeau : République fédérative socialiste de Yougoslavie RFS de Yougoslavie

  • Chevalier de l’Ordre de l’Étoile yougoslave

Drapeau du Togo Togo

  • Chevalier de l’Ordre du Mono (1960)

Divers

  • Grande-croix de l’Ordre du Christ, Saint-Jacques et Aziz

  • Encens de la Vierge

Source Wikipédia



Jah

Dans la bible hébraïque, on trouve 26 occurrences du mot hébreu יָהּ = Yah ou Jah.

On trouve aussi le terme sous forme composée, dans le mot alléluia, ou halellujah : Hallelou Yah, « Rendez louange à Yah ».

Il s’agit dans la bible d’une forme abrégée de YHWH (Yahweh ou Jehovah). Il désigne donc Dieu.

Origine du mot hébreu

La théorie présentée par Henri Meschonnic, dans Gloires (traduction des Psaumes) affirme que ce nom dérive d’une divinité ancienne du nom de Yah (YH, יה). Yah serait en effet le nom d’une petite idole Madyanite -où Moïse s’est enfui d’Égypte. Les nomades du nord du péninsule arabique sacrifiaient des bêtes au nom de Yah et l’emportaient avec eux dans leurs tentes. Le nom de Yah s’est probablement introduit dans la Bible pendant une période de rédaction qui s’est opérée dans le nord du désert arabique.

Utilisation chez les Rastas

Sous sa graphie latine Jah, le terme est devenu le nom communément utilisé pour désigner Dieu dans la foi Rastafari (les rastas diront même Jah Rastafari)

Les Rastafaris considèrent Hailé Sélassié Ier d’Éthiopie comme la réincarnation de Jah ou Jesus sur Terre, suite à une prophétie du révérend James Morris Webb que l’on attribue souvent à tort à Marcus Garvey. Et notamment suite à son couronnement comme empereur le 2 novembre 1930 sous le nom de « Hailé Sélassié Ier (pouvoir de la Trinité), Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion conquérant de la tribu de Judah, élu de dieu, Lumière de ce Monde, défenseur de la foi ».

Ainsi qu’à l’aune d’une lecture de la Bible1 : << Il avait sur son vêtement et sur sa cuisse un nom écrit : Roi des rois et Seigneur des seigneurs.2 >>

Utilisation dans le Judaïsme

Le terme est peu présent dans la Bible hébraïque (26 occurrences quand il est employé seul, sans compter les utilisations composées), et est donc assez peu utilisé dans le judaïsme, qui privilégie Elohim, Adonaï (seigneur), HaShem (le nom) ou YHWH. Se trouvant dans le Tanakh, il a cependant une valeur religieuse reconnue.

Utilisation chez les African Hebrew Israelites of Jerusalem

Sous une autre graphie latine, Yah, le terme est devenu le nom communément utilisé pour désigner Dieu dans la foi des African Hebrew Israelites of Jerusalem, une religion nationaliste noire Black hebrew originaire des États-Unis, et dont beaucoup de membres vivent aujourd’hui en Israël.

Les adeptes se considèrent comme des descendants des Israélites de l’ancienne tribu de Juda.

 

Source Wikipédia


Mouvement rastafari


Le mouvement rastafari (ou « rasta ») est un mouvement religieux dont le nom provient de l’amharique Ras Tafari de ras, tête (mais ici « leader, seigneur »), et Tafari, « Celui qui sera Craint ». Tafari est le prénom de naissance donné à Hailé Sélassié Ier, (de Haile, « puissance » et Selassie, « trinité », en amharique) empereur d’Éthiopie de 1930 à 1974. Il est ainsi considéré comme un personnage sacré du fait de son ascendance qui remonterait aux rois bibliques Salomon et David selon la tradition éthiopienne, mais également par la signification de son nom de naissance, comme de celui choisi par les prêtres de l’Église orthodoxe éthiopienne pour son sacrement. Le choix et la signification des noms ont en effet une importance primordiale dans la culture africaine.

Le mouvement rastafari est assimilé par certains à une religion, par d’autres à une philosophie, voire à une idéologie ou un syncrétisme pour ses emprunts à la Bible. Les Rastas, eux, le conçoivent comme un mode de vie, une façon de concevoir le monde et tout ce qui le constitue depuis sa création. Les croyants de ce mouvement sont des rastafariens, souvent appelés par le diminutif « rastas ».

L’usage du terme rastafarisme, bien que correct n’est pas accepté par les Rastas car ils sont contre la classification de personnes et prônent l’unification des peuples. L’usage de la majuscule sur le terme « Rastafari » est préférable pour eux.

Pour d’autres, le rastafarisme tirerait sa véritable origine du shivaïsme1. Le shivaïsme fait partie de l’hindouisme. Shiva, divinité primordiale dans l’Hindouisme, garde de longs cheveux en dreads. Il est toujours plongé en méditation.

Racines du mouvement.

La religion chrétienne est extrêmement présente en Jamaïque (plus de 80 % de la population), notamment avec les églises anglicane, méthodiste, baptiste, catholique romaine, l’Église de Dieu et, depuis les années 1970, l’Église éthiopienne orthodoxe.

L’évangile (gospel) est chanté avec ferveur le dimanche dans toute l’île. La fin de l’esclavagisme (aboli dans l’île en 1833) et surtout l’indépendance de la Jamaïque (6 août 1962) permettent simultanément une émancipation culturelle du peuple jamaïcain. Différents mouvements « éthiopianistes » émergent, où l’interprétation occidentale de la Bible est parfois remise en cause.

Les traditions des cultes africains interdits par les maîtres ayant survécu sous forme d’Obeah (sorte de vaudou local illégal et redouté), du Kumina, et mélangées à la Bible, de la Pocomania ou Pukumina.

Fondements du mouvement moderne

Lorsque le Jamaïcain Marcus Garvey émigre à Harlem, où il devient un des premiers meneurs importants de la cause noire, il fait souvent allusion à l’Éthiopie dans ses discours. Il écrit ainsi dans son principal ouvrage Philosophy & Opinions :

« Laissons le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob exister pour la race qui croit au Dieu d’Isaac et de Jacob. Nous, les Noirs, croyons au Dieu d’Éthiopie, le Dieu éternel, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, le Dieu de tous les âges.
C’est le Dieu auquel nous croyons, et nous l’adorerons à travers les lunettes de l’Éthiopie. »

Marcus Garvey est pour beaucoup le premier prophète noir du mouvement rastafarien. Il annonce la fin des souffrances du peuple noir et son retour aux racines : l’Afrique.

En 1924, le révérend James Morris Webb prononce un discours cité par le quotidien conservateur Daily Gleaner : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance »

La presse coloniale dénonce alors cette doctrine éthiopianiste « vulgaire » qu’elle attribue à Garvey. Mais le 2 novembre 1930, en Éthiopie, Tafari Makonnen, le Ras Tafari, est coiffé de la couronne sacrée du negusä nägäst (roi des rois) sous le nom de Hailé Sélassié Ier (« Puissance de la Trinité »). Il est le chef d’une des premières nations officiellement chrétiennes de l’histoire, l’Abyssinie. Selon le livre sacré Gloire des Rois (Kebra Nagast), retraçant l’histoire de son antique dynastie, Sélassié serait le descendant direct du roi Salomon et de la reine Makeda de Saba.

Des représentants prestigieux des pays occidentaux assistent au sacre très médiatisé de Sélassié, qui est perçu par une communauté d’agriculteurs éthiopianistes de Sligoville (Jamaïque), le Pinacle, dirigé par Leonard Percival Howell (véritable fondateur du mouvement Rastafari), comme étant l’accomplissement de la prophétie attribuée à Garvey.

En effet, le « Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs » (1° Timothée 6:15) de la Bible ressemble beaucoup aux titres traditionnels millénaires de Sa Majesté Impériale Hailé Sélassié Ier : « Empereur d’Éthiopie, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Lion Conquérant de la Tribu de Juda, élu de Dieu, Lumière de l’Univers ». Puisant à la fois dans le marxisme, le christianisme, la culture africaine et plus tard l’hindouisme, Howell considère Sélassié (ou « Jah », de Jéhovah) comme le messie et propose dès lors une interprétation afrocentriste de la Bible.

Cultivant le chanvre, considéré comme un sacrement (fumé dans les chalices) et le diffusant dans l’île, il est arrêté pour sédition en 1933, puis il est interné à l’asile à plusieurs reprises, alors que le Pinacle est détruit maintes fois par la police. Différents mouvements éthiopianistes de libération, comme le mouvement Bobo de Prince Emmanuel, se développent parallèlement en Jamaïque. Ils prennent pourtant peu à peu un nom générique, Rastafari, et visent, en partie, à restituer à l’homme noir le rôle important qu’il a joué dans la civilisation, à commencer par la Bible, où les ancêtres Juifs de Sélassié seraient naturellement, comme lui, Noirs : Moïse, Jésus, etc.

Progressivement, et selon le vœu de Jésus et des Naziréens (Nombres 6-5), beaucoup de Rastafariens ne se coupent ni la barbe ni les cheveux, (lien) une coiffure souvent comparée à la crinière du Lion de Juda sacré. Des « locks » (nœuds, boucles) ou « dread (épouvante) locks » se forment ensuite naturellement dans leurs cheveux crépus.

Ce signe de reconnaissance deviendra une mode internationale à partir de 1976. Proches de la terre, généralement les Rastas ne boivent pas d’alcool, le vin étant proscrit (Nombres 6-3), ne touchent pas aux morts (beaucoup de Rastas ne font même jamais allusion à la mort, mais au contraire « chantent la vie »), sauf ceux de leur proche famille (Lévitique 21-1), et le corps humain est considéré comme l’église (Corinthiens 3-16, 17), rejetant ainsi le principe même des temples ou des églises.

Désireux de se maintenir en bonne santé, ils suivent en principe un régime spécial qu’ils appellent « I-tal » (vital) (Genèse 1:29 et 9:4), qui se compose de riz, de fruits, de racines, de graines et de légumes. Ce régime exclut toute nourriture non biologique.

Quant au nom « Rasta », il provient de celui, divin, de Sélassié : le Ras (tête, correspond étymologiquement et protocolairement à son titre de duc) Tafari (son prénom). Leurs couleurs sont celles de l’Éthiopie impériale (rouge, or et vert, couleurs de l’Afrique frappées du Lion de Juda).

Dès lors, les Rastas, incompris, blasphématoires, fumeurs de chanvre (la ganja, « l’herbe de la sagesse » qui aurait poussé sur la tombe de Salomon) deviennent des parias maltraités. En 1954, le Pinacle est rasé, et ils s’installent à Kingston, à Back-o-Wall. Le nom de ce ghetto provient de sa situation géographique : il est attenant au mur d’un cimetière, et nombre de Jamaïcains craignent de s’y installer par peur des « duppy » (fantômes).

Visite d’Hailé Sélassié

Hailé Sélassié fait une visite officielle en Jamaïque en avril 1966.

À son arrivée, des milliers de Rastas lui réservent, à sa surprise, un impressionnant accueil. Le mouvement prendra par la suite encore plus d’ampleur, bien que Sélassié, bienveillant avec les Rastas, ne prétende lui-même jamais être le dieu vivant.

Cette visite a eu une forte répercussion sur l’importance et la popularité du mouvement Rasta. En effet, les autorités n’ont pas été en mesure de sécuriser la foule lors de l’arrivée de l’avion officiel sur le sol jamaïcain. Celle-ci était tellement importante et excitée à l’idée de voir enfin le Roi des Rois, qu’il a fallu chercher un médiateur pour la canaliser. Celui-ci sera incarné par Mortimer Planno, très connu à l’époque pour ses enseignements Rasta, qui toucheront beaucoup Bob Marley entre autres. Ainsi, Mortimer Planno sera dorénavant présent à chaque sortie publique d’Hailé Sélassié durant ce voyage.

Il va sans dire qu’une telle chose n’était absolument pas prévue par le protocole, et a consisté en une manifestation importante de la présence des Rastas.

D’autre part, cette visite a été pour beaucoup de Jamaïcains l’occasion de se confronter aux différentes croyances véhiculées par le mouvement, et de s’en faire sa propre idée. Ainsi, lors de cette visite, Rita Marley, en observant la main d’Hailé Sélassié, est persuadée d’y avoir vu les stigmates du Christ. Bob Marley devint rasta cette même année 1966. De retour en Éthiopie Hailé Sélassié Ier s’adresse à ses confidents en ces termes : « Il y a un gros problème en Jamaïque… » En effet le roi d’Éthiopie n’a jamais reconnu le culte rasta envers sa personne. Ce qui est interprété par de nombreux Rastas (et avec cet humour qui leur est propre) comme la manifestation d’une dignité toute divine. À l’occasion de ce voyage Sélassié s’assit autour d’une table avec trente-deux Rastas représentant chacun une communauté. La discussion est centrée sur le thème du retour en Afrique. Sélassié leur offrira à cette occasion une terre éthiopienne, shashamany, jusqu’alors réservé aux Falashas (juifs éthiopiens). Mais seuls quelques Rastas (principalement de la communauté des Twelwes Tribes Of Israel) reviendront aux pays de leurs ancêtres.
Propagation du mouvement après la fin des années 1960.

Back-o-Wall est rasé le 12 juillet 1966 avec violence. De plus en plus de musiciens de rocksteady puis de reggae, jusque-là généralement proches de la soul américaine et des églises, transmettent le message rebel rasta avec leurs chansons.

Le style des trois tambours nyahbinghi joué lors des cérémonies rastas (grounations) se répand (Bob Marley en tirera une chanson, Selassie Is The Chapel). À partir de 1970, un courant rasta majoritaire traverse le reggae. Bob Marley fait découvrir au monde cette culture qui met en valeur l’histoire d’Afrique, méconnue malgré son extraordinaire richesse. Les Rastas commencent alors à obtenir le respect dans leur pays malgré une répression utilisant la prohibition de la détention de chanvre, punie de bagne malgré une pratique répandue dans toute la population de l’île.

D’autre part, l’industrie musicale s’ouvre enfin au message rasta dans la production de chansons Conscious aux paroles ouvertes au message des Rastas. Ainsi, jusqu’alors méprisé par les producteurs et distributeurs de l’île, le message rasta commence, après qu’un certain nombre de Rastas, dont certains expulsés de Back-o-Wall se sont installés dans les ghettos de Kingston, comme Trenchtown, et après la visite de Hailé Sélassié, à se faire sentir auprès de la population déshéritée de l’île.

Alors qu’auparavant, les producteurs, à l’instar de Duke Reid, les refusaient catégoriquement, certains, comme Clement Seymour Dodd, dit Coxsone, ouvrent leur production aux compositions comportant un message spirituel et engagé, contrairement aux chansons d’amour qui prévalaient durant l’époque du rocksteady. Son studio, Studio One se met alors à produire des groupes et artistes aux paroles inspirées du message rasta, comme The Gladiators, The Abyssinians, ou encore Dennis Brown et bien d’autres encore. Le fait que Coxsone ait été un des seuls à tolérer la consommation de chanvre dans son studio n’est certainement pas étranger à la présence à Studio One de ces groupes initiateurs du reggae roots.

Évolutions récentes

Si les Rastas perdent de l’influence chez les jeunes Jamaïcains après la disparition de Marley en 1981, ils restent très présents et font un retour massif, unanime, dans le reggae à partir de 1994 avec Garnett Silk, Buju Banton, Tony Rebel, Mutabaruka, Sizzla, etc. De nombreuses et différentes tendances rasta cohabitent en Jamaïque et sont parfois contradictoires. Les Bobo Ashanti, les Emmanuelites, les Ites, notamment, ainsi que des courants chrétiens plus traditionnels.

Les positions des individus se réclamant rastas vont du racisme le plus primaire issu de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme, ou d’un ethnocentrisme noiriste militant, garveyiste à outrance, parfois teinté de racisme, jusqu’à une philosophie universaliste profonde, où la recherche de sa propre identité, de son acceptation, de la tolérance et de la nature humaine rejoint les philosophies et ascèses orientales.

L’organisation des Douze Tribus d’Israël tente de fédérer les Rastafari, mais sans réel succès. En 1997, un parti d’obédience rasta cherche même à se présenter aux élections.

Pacifiques mais fiers, affichant généralement une certaine arrogance, les Rastas dénoncent la société païenne (les personnes sans conscience de l’aspect spirituel de la vie et de la nature en général), Babylone, et répandent leur culture dans le monde entier.

La foi rasta permet avant tout à beaucoup de Jamaïcains pauvres de retrouver une dignité et un sens à leur vie difficile, en restant détachés de l’identité coloniale et ancrés dans leurs racines africaines. L’idée universelle de base étant d’« être soi-même » et de « se connaître ».

La culture et les préceptes rasta tendent à se cristalliser en une nouvelle religion organisée, qui serait ainsi la plus importante née au vingtième siècle. Pour de nombreux Rastas, cette tendance est une dérive.

Croyances et culture rasta

La culture rasta est un tout formé par l’agrégation d’un certain nombre de croyances, de coutumes et de traditions. Il est ainsi vain de proposer une caractérisation exhaustive et universelle de la culture rasta. Celle-ci est au contraire basée sur la différence et se revendique comme une unité dans la diversité.
Un Rasta avec des dreadlocks

Cependant, il existe des points de repères caractérisant les croyances rasta, principalement le port des dreadlocks, la consommation de ganja, et les habitudes alimentaires, bien que ces caractéristiques ne soient pas adoptées par tous. Contrairement aux idées reçues, le Reggae n’est pas en soi une marque caractéristique des croyances rasta, mais bien un vecteur servant le message, selon le concept ancestral très courant dans ces cultures : la transmission orale. Le genre musical le plus proche des Rastas est plutôt le Nyabinghi. Enfin, une grande partie de la culture rasta est directement inspirée de la Bible, comme le concept de Babylone.

L’influence biblique

Les Rastas respectent la version de la Bible acceptée par les anglicans (King James Bible), mais remettent en question certains passages, considérant que celle-ci a été réécrite à l’avantage des blancs. Ils utilisent donc la Holy Piby, version de la Bible réécrite au début du XXe siècle par Robert Aathlyi Rogers, dont le but est de prouver que le Christ ainsi que l’ensemble des enfants d’Israël sont noirs.

Les fondements de la culture rasta se trouvent dans la Bible. En effet, rasta est une spiritualité revendiquant son attache aux fondements de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Les Rastas se reconnaissent dans la Bible et s’en inspirent constamment. Ainsi, la coutume veut que la première occupation d’un Rasta au lever soit la lecture d’un chapitre de la Bible, selon l’adage : « A chapter a day keeps the devil away », soit : un chapitre par jour tient le diable éloigné.

Certains passages de la Bible sont très importants dans les croyances rasta. Ainsi, le deuxième exode à Babylone, et la première destruction du temple de Jérusalem est pour les Rastas l’incarnation de leur exil d’Afrique, esclaves des Babyloniens modernes que furent les colons britanniques. Ainsi s’explique le concept de Babylone, qui est la métaphore de l’exploitation des Juifs par les Babyloniens. Puis, par extension, le concept va s’étendre à tous les aspects qu’ils rejettent dans la société importée par les colons, comme le matérialisme, l’argent, le capitalisme, la police… Ici aussi, les limites du concept sont assez floues et peuvent varier d’un Rasta à un autre.

Toujours en s’inspirant de la Bible (Jérémie 51), les Rastas pensent souvent que la civilisation occidentale a perdu les valeurs fondamentales (la nature, le respect, l’amour de l’autre…) au profit d’une société basée sur l’argent, la réussite personnelle et de plus en plus éloignée de la nature. Ainsi, de la même façon que Dieu avait détruit la cité de Babylone qui avait péché par excès d’orgueil, les Rastas prophétisent la chute du système (« shitstem ») de Babylone.

Les textes de la Bible sont le fondement des croyances rasta, comme celui de Rivers of Babylon, psaume 137.

Cependant ils pensent que la Bible ne représente que la moitié de leur histoire : « Half the story has never been told2 ». L’autre moitié résiderait dans le cœur de chacun.

Le vœu de Nazarite, et le port des dreadlocks.

Un très bon exemple de l’influence Biblique est le vœu de Nazarite. Les Rasta, pour expliquer leur mode de vie, se réfèrent souvent au vœu de Nazarite, comme présenté dans la Bible (Nombres 6:1-21). Ce vœu, à caractère temporaire, sanctifie la personne le suivant pour une certaine période durant laquelle cette personne devra suivre certaines règles de vie. Ces règles sont pour la plupart celles auxquelles se réfèrent les Rasta dans leur mode de vie3. Elles sont, pour les plus caractéristiques :

ne pas se couper, ni se coiffer les cheveux, ce qui entraîne l’apparition de dreadlocks ;
ne pas consommer de viande (végétarisme) ;
ne pas consommer de produit de la vigne.

Enfin, ce vœu est censé revêtir un caractère temporaire, et le texte des Nombres précise ensuite quand et comment le vœu doit s’achever. En particulier, un Nazarite ne devra pas croiser un homme mort, sous peine de devoir rompre son vœu. On retrouve cette idée dans un certain nombre de chansons, illustrée par cette phrase : « rasta don’t go to no funeral », soit « le Rasta n’assiste à aucune funéraille ». D’une manière générale, la mort constitue un tabou pour les Rastas, et ils n’abordent ce thème que d’une façon très spirituelle et assez difficile à appréhender pour le non-initié.

L’application stricte de ce vœu au mode de vie rasta n’est pas sans porter à discussion. Avant tout, ce texte et les modalités d’applications du vœu de Nazarite, comme pour beaucoup de textes de l’Ancien Testament, pose la question du décalage temporel et culturel. En effet il n’y a qu’à consulter les démarches à effectuer pour rompre le vœu pour comprendre qu’il ne saurait s’appliquer identiquement de nos jours4. Ensuite, ce vœu est bien censé être temporaire (sept ans), alors que le mode de vie rasta lui devrait pouvoir se pratiquer toute sa vie durant.

Ainsi, un autre point caractéristique des Nazarites est le port des dreads, port qui est source de beaucoup de polémiques. Le débat de savoir si les dreads sont nécessaires à un Rasta est encore important de nos jours. Ainsi, certains Rastas pensent qu’un Rasta sans dreads n’en est pas un, d’autres, comme les membres des Twelve Tribes of Israël ou les Morgan Heritage (notamment avec le titre Don’t haffi dread to be rasta) pensent le contraire. Enfin, il faut rappeler que le port des dreads est une mode qui s’est instaurée dans les ghettos de Kingston, par une génération de Rastas apparue après la destruction du Pinacle. Le port des dreads n’était pas initialement la marque des adeptes de rasta, qui étaient alors les barbus car ils se laissaient pousser la barbe. Ainsi la réponse à la nécessité du port des dreads doit être trouvée par chacun ; mais de nombreux Rastas pensent que cette coiffure ne codifie plus l’appartenance à leur mouvement.

Source Wikipédia


War


Guerre

 

Tant que la philosophie qui croit une race supérieure à une autre

N’est enfin discréditée et oubliée

Tant que dans une nation existera des citoyens de première et de seconde classe

Tant que la couleur de la peau d’un homme aura plus d’importance que la couleur de ses yeux

Je dis la guerre

Tant que les droits humains fondamentaux ne seront pas garantis à tous les hommes, Sans égard pour leur race

Ce sera la guerre

Jusqu’à  ce jour

Le rêve d’une paix durable

La citoyenneté mondiale

Et les lois morales internationales ne seront qu’une illusion flottante toujours poursuivie

Mais jamais atteinte

Maintenant c’est la guerre

Et tant que l’ignoble et misérable régime qui maintient nos frères d’Angola, du Mozambique, d’Afrique du Sud dans des chaines inhumaines n’aura été renversé, détruit de fond en comble

Eh bien partout c’est la guerre

La guerre dans l’est

La guerre dans l’ouest

La guerre dans le nord

La guerre dans le sud

 

La  guerre, la guerre, et des bruits de guerre

Jusqu’à ce jour le continent Africain ne connaîtra pas la paix

Nous autres Africains combattrons si nécessaire

Et nous savons que nous vaincrons

Car nous croyons à la victoire du bien sur le mal